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 [Tessoren] Dans le mirori, je ne trouve pas de quoi te plaire

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E. Tessa Fersen

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Messages : 6
Date d'inscription : 23/02/2016

MessageSujet: [Tessoren] Dans le mirori, je ne trouve pas de quoi te plaire   Jeu 29 Déc - 17:24

Comme l'écume qui s'écrase contre les flancs normands, le coton de sa jupe d'écolière se souleva pour s'aplatir violemment sur le haut de ses cuisses. Un Génial... bougon s'échappa de la gorge de la brunette alors que ses phalanges se repliaient sur les froissements du froufrou obligatoire. Pour leur premier tête-à-tête, il avait fallu que le vent soit de la partie et joue les troubles fêtes. Elle n'aurait pu rêver mieux, vraiment ! D'ailleurs, si elle écoutait alentour, elle pouvait constater qu'aucun bruit de pas ne précédait ou ne succédait les siens. Elle avait beau tendre l'oreille, le bilan restait le même : nul être vivant, qu'il soit humain, crapaud, hippogriffe ou Delfino, n'avait daigné sortir son museau du terrier. Le sien baissé sur ses bottes en caoutchouc vert gazon, un frisson désagréable parcourut soudain sa colonne vertébrale et le bleu embué de ses iris fut strié d'une étrange crainte ; Et s'il ne venait pas ? Et s'il annulait à cause des bourrasques et des giboulées hivernales ?  Ses poings serrèrent davantage les vagues de tissu et un boum-boum plus sonore et plus rapide que les claquements de ses talons heurta sa poitrine. Non, non, non, il devait venir ! Hors de question qu'elle se retrouve avec le vent pour unique galant à faire tourner d'ennui des vers entre ses doigts ! Mais elle heurta malheureusement les dalles en pierre brune qui annonçaient son arrivée au hameau et qui lui interdisaient, d'un même coup, de prendre la fuite. Tessa jeta un dernier regard en arrière, cherchant dans ce paysage romantiquement hivernal un valentin qui n'avait encore rien d'un ami, mais à qui des pommettes taillées finement et un regard bleu aussi troublé qu'une mer nordique concédaient sans problème le qualificatif de « beau ».
« Et bien, ce n'est pas trop tôt ! » Entendit-elle soudain gronder derrière elle. La voix, qui était tout sauf masculine, bien qu'un éraillement parsemait l'intonation de virilité, la força à faire volte-face pour se retrouver nez à nez avec l'une des habitantes. Celle-ci avait les deux poings aussi forts que des sabots d'abraxan et observait, sourcils froncés, la silhouette de sa nouvelle recrue. Une expiration moqueuse et un roulement de globes oculaires mirent fin à son analyse. « Par ce temps, vous auriez pu au moins avoir l'intelligence d'esprit de mettre un pantalon et un vieux blouson ! On n'est pas ici pour apprendre le canevas et la coiffure. » Que la femme bougonna en se détournant, remettant un de ses jupons en place et laissant son énorme paluche se dresser derrière elle pour ordonner à la jeune adulte de l'accompagner dans la remise. Tessa, légèrement glacée par l'échange, resta un instant abasourdi avant de se précipiter à sa suite, craignant déjà un nouveau reproche. Elle s'aventura ainsi dans une vieille cabane en bois où divers matériaux de jardinage s'entremêlaient comme pour se réchauffer alors qu'une fine couche de poussière se reposait sur leur acier. Dans les coins les plus sombres, elle pouvait deviner des tas de bois secs qui serviraient sûrement pour la fin de l'hiver. Ici, des vieux paniers en osier désossés jonchaient le sol en attendant de servir une dernière fois. Là, c'était les plants d'herbes aromatiques que l'on avait gardées précieusement au chaud. « Hey, la petite dame, faut arrêter de bailler aux corneilles ! Tenez, prenez ces fourches, plutôt ! » Deux outils bien trop grands et lourds lui tombèrent entre les mains. « Et qu'est-ce que je dois faire avec ç... » « Tu verras bien, ma jolie ! » Si elle avait été Autumnus et non Fons, elle aurait juré avoir entendu du sadisme, en fin de phrase, mais Tessa étant qui elle était, elle préféra hausser les épaules et ressortir du cagibis.

« Et votre petit compagnon, où est-il, il s'est perdu en chemin ? » Un sourire rêveur fendit honteusement les lèvres de la brunette qui cacha son regard dans l'amas de mèches qui lui barraient la vue. Il était loin d'être son compagnon, pensa-t-elle. A vrai dire, elle n'avait échangé que quelques mots avec lui, même si le verbe « échanger » ne convenait pas vraiment.
Tout s'était passé la semaine précédente ;  Le cours d'alchimie allait commencer lorsqu'elle avait surgi, en retard bien sûr, explosant son embarras au professeur Flamel. Après s'être couverte de suie, elle avait balayé la salle du regard et son attention s'était portée sur une tignasse châtain à côté de laquelle elle s'installa. Jamais elle n'avait été aussi proche, s'était-elle dit alors qu'elle sentait ses mains devenir moites et son cœur battre de plus en plus vite. Incapable d'abord de ne jeter ne serait-ce qu'un simple coup d'oeil à son partenaire, elle chercha à tout enregistrer : la position de ses mains sur la table, la matière de son costume, la fréquence de son pouls, les centimètres qui séparaient leurs coudes. En un court instant, elle avait enregistré une dizaine de détails futiles le concernant, dévouant chacun de ses neurones à cette nouvelle discipline. Qu'importait l'alchimie, aujourd'hui serait le jour officiel de leur rencontre. « Hum... » Trouver un sujet de conversation, chercher dans cette caboche vide. « Tu as vu que la saison de polo-ailé allait commencer ? » Avait-elle initié la conversation en essayant d'adopter le ton le plus naturel possible. Son regard avait enfin croisé le sien et bien qu'il se garda de répondre, Tessa crut y discerner un rien d'attention. Il ne lui en fallut pas plus pour qu'elle enchaîne les sujets, abordant tantôt le mauvais temps, tantôt les examens, tantôt ses vacances à Megève et clôturant finalement son inquisitoire par une question et un léger rapprochement : « Et pour la Saint-Valentin, tu fais quoi ? ». La demande, presque anodine, n'avait pas manqué de troubler Monsieur Plumereau, de ce qu'elle avait pu lire dans le regard qu'il lui avait jeté. En tout cas assez pour que son coude parte en arrière et heurte un alambic. S'en suivit une remontrance de la part du vieil enseignant qui offrit sans le savoir l'opportunité à Tessa Fersen d'approfondir ses recherches sur l'Autumnus le temps d'une activité ludique et campagnarde fort...étonnante.
« Et bien, vous êtes en retard, jeune homme ! Faut vous acheter une montre ! » La remarque sortit la jeune femme de sa rêverie et sa bouche s'entrouvrit d'appréhension. Il était...là ! Les bras chargés des fourches, elle tourna sur elle même et s'autorisa un regard et un sourire à l'égard de son compagnon pour qui  l'air pastoral ne semblait pas être très revigorant, au contraire même. « Qu'est-ce que vous avez tous à garder vos jolis mocassins ? Ça va prendre la terre ! » S'emporta la fermière alors que la Fons se préparait à saluer le nouveau venu. « D'ailleurs, mon grand, viens vers moi, j'ai besoin de bras musclés pour mettre le fumier dans la brouette. Donnez-lui une fourche, vous autre ! » Tessa s'exécuta, essayant pendant la transaction d'échanger une banalité. « ça va pas ? » Se risqua-t-elle un brin soucieuse alors que ses sourcils se fronçaient légèrement. Avait-elle oublié la raison et la CAUSE de ce rendez-vous champêtre ? Lui, non, visiblement !
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P. Soren Plumereau

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MessageSujet: Re: [Tessoren] Dans le mirori, je ne trouve pas de quoi te plaire   Jeu 29 Déc - 17:36

Dans le miroir, je ne trouve pas de quoi te plaire
On ne met en bocaux aucune messe basse. Du moulin à paroles que tu es quand tu chuchotes toutes ces petites bricoles que moi je rafistole. Ces petits siroccos s’évaporent quand ils passent
Il avait en tête une courbe. Ni un angle, ni un arrondi. Le tournis. Demi-cercle de désir. Comme ces éléments charnières d'un portail en clef de voûte mais charnel. L'équilibre précaire de toute une construction contenu dans un détail. Sa manche gauche, davantage feutrée au poignet d'être étendue, fila sur le dessus de sa main se défilant du froid. La droite se rapprochant de son visage se sectionna au premier quart, privant le blanc de cette inesthétique coloris camel qui disparaissait toujours entre ses canines; une cigarette pour empêcher le claquement des dents. Refusant son regard au piteux paysage sans pour autant le perdre sur ses pieds qui traînaient leurs pas comme d'autres les cœurs après eux, le Plumereau oscillait toujours entre tension et détente, le doigt sur la gâchette. En suspens. Éternellement attiré par la cartouche. La clope plutôt que le colt et cet irrépressible besoin de presser. Une lippe contre la seconde, occasionnellement sur d'autres. L'iris jaspé de son égarement, il courait toujours après son contour sans l'effleurer. Lentement, le gravier givré grinçait sous ses semelles qui auraient dû être des godillots. Un éclat de la pupille se souvint que la matière lui manquait, le marbre et son atelier, là, où d'aucuns s'étouffaient de leurs airs abominables sous la saudade trop sentimentale des souvenirs. La fumée fuyait, libre, et il en aurait fait tout autant s'il n'avait été convoqué, contraint, en filaments vers le firmament. Inégale, complexe, jamais complexée. Elle se savait langoureuse, s'extirpait des muqueuses en formes délicieuses laissant ce désagréable goût amer de brûlant baiser à l'échange, ou peut-être juste de brûlé. La complicité entre ses commissures, et pourtant, ses doigts l'en débarrassèrent plus rapidement que voulu; l'écartant, la rejetant avant qu'elle ne l'abîme de trop. Quelle frustration fulminante de la sentir faiblir contre sa langue ne pouvant s'empêcher de repasser sur la sécheresse passagère, le forçant de ses phalanges à la serrer parfois trop fort. A terre, elle s'écrasa d'avoir été de flammes, de s'être faite bien trop courte et éphémère. Vouée aux cendres une fois allumée. Les plaisirs ne duraient jamais. La toux, elle, restait. Les marques de sa progression également. Petit Poucet sans pain. Abandonné à Garnier qui pourrait s'en agacer, l'Autumnus sema un énième mégot d'un mécontentement partagé, accentué tout comme son sourcil à la vue du hameau : cinq bicoques bouseuses en plein jardin anglo-chinois, maisonnettes d'autant plus minables lorsqu'on les savait inclues dans l'ère Rococo, ses envies exotiques et ses ornements ostentatoires. La froideur du tabac sur ses lèvres, son irritation dans la gorge, il la racla de sorte à signaler sa présence ou simplement la contrariété coincée sous ses cordes vocales ne vibrant pas pour quelques échanges inutiles aux palabres paysannes : « Et bien, vous êtes en retard, jeune homme ! Faut vous acheter une montre ! Qu'est-ce que vous avez tous à garder vos jolis mocassins ? Ça va prendre la terre ! », l'avait-elle visiblement espéré voir débarquer en salopettes, déjà sales, aux larges bretelles sous lesquelles il lui aurait fallu glisser chaque pouce calé près d'une carrure campagnarde carrée, et de préférence une brindille ruminée rustiquement au milieu de ce portrait à l'instar de ces bovins broutant près du Poudlard Express qui aurait permis une fois extirpée de son expression d'inaugurer cette conversation d'un crachat d'usage. Soren s'épargna sa salive pour ces salutations d'habitants de patelins s'apostrophant au milieu des prés entre deux meules de foin sans un bonjour et garda ses paumes bien enfoncées dans ses poches. S'il était citadin, cela ne le rendait pas plus urbain. Tout le monde ne vivait pas à Trifouilly-les-Oie. Enfin si, tous ceux qui n'étaient Parisiens. Contrairement à d'autres... qui chaussaient des bottes en caoutchouc desquelles il se désintéressa avec dédain; elles n'avaient de toute façon pas l'ovale qu'il recherchait depuis des jours. Exemptes de cette sinuosité sensuelle. De cette invitation. Devant y inciter. Non, il était en quête d'une ligne pour sa prochaine oeuvre qui imiterait une nuque offerte, demandant à  être mordue mais pas par la voracité du vent lui soufflant une grimace. A moins qu'il ne s'agissait d'un soubresaut provoqué par les "souliers" à souiller ou encore la suite de la sentence: « D'ailleurs, mon grand, viens vers moi, j'ai besoin de bras musclés pour mettre le fumier dans la brouette. Donnez-lui une fourche, vous autre ! », entre la familiarité fulgurante du passage du vous au tu, le compliment tout juste bon à flatter un Aestas supposé valoriser sa virilité, et l'inopinée inquiétude de la fautive l'ayant condamnée à la cambrousse, l'étudiant en Techniques Sorcières refusa le manche de l'ustensile tendu en s'en écartant pour mieux s'y prendre comme tel. Le « Ça va pas ? », était resté sans réponse; la jeune fille pouvait rajouter un râteau à ses extrémités chargées d'outils de jardinage dont il ne la délesta pas. Du moins dans l'immédiat. Partagé entre dégoût et désespoir, il se demanda sans grande dérision pour la situation mais avec une raillerie toute revêche d'en arriver à ce raisonnement, si les agrimages ne connaissaient ni n'utilisaient le sortilège de déplacement sur les excréments. N'y avait-il pas de Mobili...merda ? Ou alors il s'agissait de les emmerder sans sorcellerie. Nul doute qu'il n'allait pas uniquement marcher dans celle-ci et pas avec le sinistre. Malheur ! Avec son humeur d'épouvantard, il faisait un parfait épouvantail. Au moins, aurait-il pu servir à faire fuir les oiseaux s'il avait pu juste rester planté là à ne rien faire. Véritablement collé puisqu'il s'agissait d'une perfide punition. « Il est frileux le garçon ou juste flemmard ? Bon. V'nez, pas le temps de prendre racines ou de moufter. La petite marche jusqu'à la fosse à purin vous réchauffera mieux que des moufles. La demoiselle portera les fourches pour le trajet et le gaillard fera de toute façon les allers et retours avec la brouette qu'on trouvera là-bas. Y'a d'l'entretien à faire toute l'année au jardin fruitier, oui, même en février, qu'est-ce que vous croyez ? Z'êtes du genre à penser que tout pousse ici par magie ou que la nourriture sort d'une baguette ? », les aliments non, mais la mort, si. L'éclair vert fut retiré de sa cape charbon mais strié par aucune arme, pour être déposé entre la peau et le pull, l'écharpe réajustée d'un nouveau tour autour de l'animal dont les cils au réveil envoyaient des œillades appuyées et les premiers sons froissant sa fourrure fluo rappelaient les vieux transistors grésillants de contentement. Il était bien le seul... Puis, après avoir vérifié que la créature était correctement calée, il enfila une paire de gants, qu'il avait failli ne pas retrouver dans ses affaires en quittant Vendémiaire, de ceux réservés aux travaux manuels de Botanique qu'il avait abhorré, remontant le cuir trop lisse par manque d'usage et, par un geste bien plus rugueux, la regardant juste assez pour ne pas se tromper de prise et confondre les doigts fins féminins avec le bout de bois, évitant ainsi un contact imprévu, débarrassa la Fons de l'un des instruments non sans l'alourdir de bien plus pesant à (sup)porter : son silence.
©Pando
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E. Tessa Fersen

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MessageSujet: Re: [Tessoren] Dans le mirori, je ne trouve pas de quoi te plaire   Jeu 29 Déc - 20:22

Le silence déboussola l'agneau dont la bouche, avide d'attention, se retrouva vide de mots, faute d'avoir été privée de réponse. Elle se serait contentée d'un bougonnement ou d'un non avare mais les lèvres de l'Autumnus restaient fermement scellées, laissant à ses seuls yeux le loisir d'exprimer son déplaisir. Les lippes de Tessa, elles, étaient bêtement entrouvertes de désarroi alors que la jeune fille essayait de se remettre du coup de pioche qu'il venait de lui administrer. Elle fit vaciller ses pupilles sur les outils qui retenaient ses bras de tomber et avala difficilement le gros chat qu'il avait placé en travers de sa gorge. La sorcière aurait du se satisfaire de l'attention similaire qu'il accorda à la paysanne mais son esprit ne put s'empêcher de penser qu'il la réduisait finalement au même sous-titre que la première ; à ses yeux, elle ne devait être bonne qu'à ramasser le mégot qu'il écrasait négligemment sous sa semelle de mocassin. Tessa enfonça sa tête plus lourde qu'une pierre dans sa jolie écharpe verte tandis que son cœur, grosse masse rocheuse, tombait dans les bas-fonds de son estomac. « Il est frileux le garçon ou juste flemmard ? Bon. V'nez, pas le temps de prendre racines ou de moufter. La petite marche jusqu'à la fosse à purin vous réchauffera mieux que des moufles. La demoiselle portera les fourches pour le trajet et le gaillard fera de toute façon les allers et retours avec la brouette qu'on trouvera là-bas. Y'a d'l'entretien à faire toute l'année au jardin fruitier, oui, même en février, qu'est-ce que vous croyez ? Z'êtes du genre à penser que tout pousse ici par magie ou que la nourriture sort d'une baguette ? » La brunette les laissa passer tous deux avant de s'aventurer, branlante sous le poids du fardeau, à leur suite.

Le pas pesant et le regard écrasé dans le vide, un couinement que Plumereau n'aurait pu pousser lui-même – à moins que l'effroi de voir des légumes pulluler le long du chemin le lui arrache – lui fit relever les yeux ; contre le cou du misanthrope s'ébrouait un pompon pomme dont la bonhomie autorisait un sourire niais à la jeune femme. Bulle de poil, elle arrachait la boule de plomb du ventre de Tessa pour y déposer des papillons qui allégeaient sa démarche. Si elle avait pu, la sorcière aurait tendu le doigt pour que la créature s'y frotte et y accroche un nuage d'affection. Mais ses bras supportaient déjà d'autres orages et elle n'était pas assez téméraire pour se risquer à s'attirer les foudres de l'Autumnus. Elle se contenta donc de la couver du regard tandis que sa légère rancoeur vis-à-vis du propriétaire s'amoindrissait ; Soren Plumereau, malgré sa nonchalance dégradante, ne pouvait et être un vilain bougre et posséder l'émanation de la tendresse.
Les yeux toujours accrochés à la bestiole, elle s'arrêta près de son camarade qui avait visiblement décidé de mettre la main à la pâte et qui récupérait déjà l'un des outils. Surprise par ce geste, elle reporta son attention sur Soren. « Je ne savais pas que tu possédais un boursoufflet ! Il a l'air adorable ! » S'extasiait-elle ouvertement alors qu'un large sourire étirait ses lèvres charnues et que ses sourcils se redressait pour s'arrondir en deux arcs de cercle attendris. « J'aime beaucoup la couleur du pelage. Judicieux choix ! » Aucun autre Fons n'aurait pu critiquer le pigment, chauvinisme oblige !
Elle regarda le jeune homme et délaissa son sourire pour quelque chose de plus approprié : la gravité. « Mais nous avons d'autres choses à faire, je présume. » Conclut-elle pour eux deux d'une voix que le regard poi(gnard)ant de l'Autumnus réduisait en râle glacé.

Elle observa son camarade commencer leur tâche en silence et accrocha ses phalanges au manche de son arme. Que fallait-il faire pour lui extorquer un mot ? Fallait-il lui fiche un coup de pioche sur la tête ? Elle ne savait pas mais leur rendez-vous ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait pu prévoir.
Elle avait bien vu le mépris qu'il lui avait jeté à la tête comme un vieux torchon sale lorsqu'il avait observé ses bottes en caoutchouc. Elle qui percevait chez lui un romantisme mystérieux de torturé incompris découvrait malgré elle une crétinerie tout juste acceptable. Bien sûr, il avait des raisons de porter aussi haut sa tête de bourgeois ; outre l'indifférence qui lui accordait cette noblesse de tenue, il y avait le charme et la violence, concentrés dans un corps comme dans un flacon mortel et irrésistible. C'était tentant pour une femme, ça vous donnait l'idiote envie d'écraser ses dents contre le quartier inférieur d'une paire de lèvres. Et ainsi, le simple être humain devenait fantasme, roi des rois, dieu des dieux. Soren semblait s'être habitué à son trône que Tessa avait aidé naïvement à construire. Mais maintenant qu'elle le voyait et qu'elle n'était qu'à quelques pas de lui, elle se rendait compte de la distance qui existait entre eux deux. Un roi restait un roi ; le bas peuple avait beau l'admirer et le héler, il ne vous observait jamais.

Tessa soupira. Elle attrapa un chouchou qu'elle coinça entre ses lèvres et releva ses boucles brunes en un chignon indigne d'une Châtelet. Puis, elle commença à travailler, joignant son silence à celui de l’ocre pendant que la fermière prétextait des œufs de poule à trouver.
La tâche était laborieuse mais avait l'avantage de réchauffer les corps ; Un « crac » bruyant de pelle qui s'enfonce dans le fumier gelé, un mouvement d'épaule pour relever la charger, un demi-tour vers la brouette et « plof ».

« Crac. ».
...
« Plof. »

« Crac. »
... 
« Pl... » « Tu as décidé de ne pas parler de toute l'après-midi, c'est ça ? » Tessa renifla, faussement moqueuse alors que le froid lui brûlait les mains. « Je te rappelle que si tu n'avais pas cassé cet alambic nous ne serions pas là. Nous avons tous les deux nos tords dans cette histoire, inutile de m'en vouloir ». Elle avait arrêté de travailler et le regardait, la bouche tordue sur le côté en une moue renfrognée. Elle posa son poing sur ses hanches, essayant malgré sa petite taille de se hisser à sa hauteur. Fallait-il qu'elle s'énerve pour qu'il la voit enfin ? Le bas peuple se dressait face au roi.
Ceci était une révolution, mon Seigneur !
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MessageSujet: Re: [Tessoren] Dans le mirori, je ne trouve pas de quoi te plaire   

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